arbre fruitier · Rosacées
CerisePrunus avium
Rien n’égale la cerise cueillie tiède sur l’arbre, un matin de juin. Le cerisier pousse vite, demande peu de taille et fleurit somptueusement ; l’enjeu, dans nos jardins, est surtout de choisir un porte-greffe raisonnable pour garder les fruits à portée de main et hors de portée des merles.
- Difficulté
- Intermédiaire
- Exposition
- Soleil
- Arrosage
- Modéré ; arrosage suivi les premiers étés
- Sol
- Profond, drainé, tolère le calcaire ; craint l’humidité stagnante
- Espacement
- 3 à 4 m sur Gisela 5, 8 à 10 m sur franc
- Récolte
- 3 à 4 ans sur Gisela 5, 6 à 8 ans sur franc
Calendrier · climat belge
Quand semer, planter, récolter
| Activité | Jan | Fév | Mar | Avr | Mai | Jui | Jui | Aoû | Sep | Oct | Nov | Déc |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Plantation | oui | oui | oui | oui | oui | |||||||
| Récolte | oui | oui |
Pas à pas
1Choisir
Sur Gisela 5, un bigarreautier reste sous 3 m et se couvre d’un filet ; sur Colt, il atteint 5 m ; sur merisier franc, c’est un géant de prairie. Les bigarreaux doux sont souvent autostériles : Sunburst, Lapins et Stella sont autofertiles, tandis que Burlat, Kordia ou Regina ont besoin d’un compagnon. La griotte du Nord, acide, autofertile et rustique, est la cerise à kriek, à confiture et à clafoutis. Préférez un scion d’un an à racines nues.
2Planter
Plantez de novembre à mars, hors gel, dans une terre profonde et drainée : le cerisier tolère le calcaire mais pas l’eau stagnante. Choisissez un endroit ensoleillé, aéré, hors des creux gélifs. Le point de greffe reste hors du sol. Tuteurez solidement trois ans, arrosez abondamment à la plantation et paillez sur un large diamètre. Sur Gisela 5, espacez de 3 à 4 m ; sur franc, comptez 8 à 10 m.
3Entretenir
Taillez le cerisier après la récolte, en juillet ou en août, jamais en hiver, pour éviter la gomme et les chancres : supprimez le bois mort, les branches qui se croisent, et limitez la hauteur sur les petits porte-greffes. La griotte se taille davantage, car elle fructifie sur le bois de l’année. Arrosez les jeunes arbres en été et paillez. Posez un filet à mailles fines dès que les fruits colorent, ou partagez avec les merles.
4Récolter
La cerise ne mûrit plus après cueillette : attendez qu’elle soit bien colorée, brillante et douce, puis cueillez avec la queue, sans tirer sur le bouquet de mai qui portera les fruits l’an prochain. Récoltez le matin, par temps sec, car les pluies font éclater les cerises mûres. Les bigarreaux se récoltent en deux ou trois passages sur une dizaine de jours ; la griotte se cueille fin juillet.
5Conserver
Avec sa queue, la cerise se garde trois à quatre jours au réfrigérateur. Dénoyautée et congelée à plat, elle sert aux clafoutis et aux compotes d’hiver. Les griottes se conservent au vinaigre, au sirop ou à l’eau-de-vie, et donnent confitures et coulis. Un petit surplus de bigarreaux sera vite absorbé par une tarte ; un grand surplus justifie l’achat d’un dénoyauteur à levier.
Pour aller plus loin
Bien planter, bien entretenir
Bien planter
Choisir le porte-greffe et la forme
Le porte-greffe fait la différence entre un cerisier qu’on cueille sur un escabeau et un arbre dont les merles mangent tout. Gisela 5 limite le bigarreautier à 2,5 ou 3 m, produit dès la troisième année, mais demande un tuteur permanent, un sol frais et un éclaircissage ; Gisela 6 et Colt donnent 4 à 5 m, plus autonomes ; Sainte-Lucie tolère les sols secs et calcaires ; le merisier franc porte les haute-tiges de 10 m des prairies. Le gobelet ouvert est la forme naturelle ; en éventail contre un mur, sur Gisela 5, une griotte ou un bigarreau se palisse et se couvre d’un filet en cinq minutes.
Assurer la pollinisation croisée
La plupart des bigarreaux sont autostériles, et certains couples sont incompatibles entre eux : Burlat et Napoléon, par exemple, ne se pollinisent pas. Les variétés autofertiles, Sunburst, Lapins, Stella, Sweetheart et Summit, produisent seules et pollinisent presque toutes les autres ; en plantant une seule, choisissez-en une. Kordia et Regina, de qualité, s’associent bien avec Sunburst ou Lapins. Les griottes, Griotte du Nord, Morel et Montmorency, sont autofertiles et ne pollinisent pas les bigarreaux, qui fleurissent plus tôt. Deux cerisiers à moins de 40 m se pollinisent ; un cerisier voisin compte.
Choisir l’emplacement
Le cerisier veut le plein soleil, un sol profond, drainé, même calcaire, et surtout aucun excès d’eau : en argile compacte où l’eau stagne l’hiver, il meurt de gomme et de chancre en cinq ans. Faites le test du trou rempli d’eau, qui doit se vider en une journée ; sinon, plantez sur une butte de 30 cm ou choisissez Colt, plus tolérant. Évitez les fonds gélifs, la floraison d’avril étant sensible, et les endroits trop abrités où l’humidité stagne sur les fruits. Un cerisier sur Gisela 5 se contente de 3 m de large ; sur franc, gardez 8 m des bâtiments et 5 m de la limite.
Préparer le trou et le sol
Creusez 80 cm de côté et 50 cm de profondeur, en cassant les parois pour éviter l’effet de pot. Mélangez à la terre deux pelletées de compost mûr et une poignée de corne broyée ; le cerisier, comme tous les fruitiers à noyau, supporte mal une fumure abondante à la plantation. En sol acide, ajoutez une poignée de chaux magnésienne, le cerisier aimant le calcaire. En sol lourd, un lit de gravier ne sert à rien s’il crée une cuvette : préférez la butte. Fichez un tuteur de 2,5 m avant l’arbre, indispensable sur Gisela 5 toute sa vie, trois ans sur les autres.
Planter à racines nues
De novembre à mars, hors gel, plantez un scion d’un an ou un jeune gobelet à racines nues : la reprise est meilleure qu’en conteneur et l’arbre s’enracine avant le premier été. Pralinez, placez le point de greffe 10 cm au-dessus du sol, étalez les racines, rebouchez, tassez, arrosez avec 20 litres, paillez sur un mètre. Rabattez un scion à 70 ou 80 cm pour un gobelet, sur cinq bons yeux ; ne taillez pas un gobelet déjà formé, ou raccourcissez à peine. Le cerisier cicatrise mal : effectuez ces coupes de plantation sur un scion fin, et jamais sur du gros bois en hiver.
En pot ou en bac
Sur Gisela 5, un bigarreau autofertile comme Sunburst, Lapins ou la naine Garden Bing, ou une griotte compacte, réussit en bac de 70 à 80 litres sur une terrasse ensoleillée et à l’abri du vent. Le substrat associe terre de jardin, terreau et compost sur une couche drainante. Arrosez tous les deux jours en été, la cerise qui manque d’eau en mai tombe, et celle qui reçoit trop d’eau en juin éclate : la régularité compte plus que la quantité. Engrais organique en avril, protection du bac en hiver, rempotage tous les trois ans. Le grand avantage du bac : un filet enveloppe tout l’arbre en un instant.
Les erreurs du débutant
La première est de planter un cerisier sur franc dans un jardin de ville : en dix ans, il ombrage tout, ne se cueille plus et nourrit exclusivement les merles. La deuxième est de tailler en hiver, ce qui provoque gomme et chancre bactérien. Beaucoup plantent aussi une Burlat seule et attendent des fruits qui ne viennent pas, ou un cerisier dans un sol détrempé qui meurt lentement. Enfin, oublier le filet avant la coloration des fruits, puis s’étonner que tout disparaisse en trois jours, est l’erreur la plus universelle : sur petit porte-greffe, le filet se pose dès que les cerises rougissent.
Bien entretenir
Arroser les premières années
Les deux premiers étés, arrosez chaque semaine par temps sec, 20 à 30 litres au pied, d’avril à août ; sur Gisela 5, prolongez cette attention toute la vie de l’arbre en été sec, car ses racines restent superficielles. Le cerisier boit surtout de la floraison à la récolte, en mai et juin : un manque d’eau fait tomber les jeunes fruits, un arrosage brutal après sécheresse fait éclater les cerises mûres. Arrosez donc régulièrement, sans à-coups. Après la récolte, un arrosage tous les quinze jours en canicule aide l’arbre à former les bouquets de mai de l’année suivante.
Pailler et nourrir
Un paillis de 10 cm sur un mètre de diamètre pendant les cinq premières années supprime la concurrence de l’herbe, à laquelle le cerisier est très sensible. En mars, deux pelletées de compost mûr et une poignée de cendres de bois suffisent ; le cerisier ne demande presque rien et réagit mal à l’azote, qui provoque gomme et pucerons noirs. Un apport de chaux magnésienne tous les trois ans en sol acide lui plaît. Ne mettez jamais de fumier frais au pied. Un badigeon d’argile sur le tronc en hiver limite les fentes de l’écorce dues aux écarts de température, fréquentes chez le cerisier.
Tailler : formation puis entretien
Formez le gobelet en été : après le rabattage de plantation, choisissez en juillet quatre ou cinq charpentières bien réparties, supprimez les autres, puis raccourcissez-les d’un tiers en août les deux années suivantes pour les ramifier. Une fois formé, un bigarreautier se taille peu : après la récolte, en juillet ou août, retirez le bois mort, les branches qui se croisent et les gourmands, et rabattez les charpentières trop hautes sur une latérale basse pour garder l’arbre à portée de main. Les griottes fructifient sur le bois d’un an et se taillent davantage, en raccourcissant chaque été un tiers des rameaux ayant produit. Mastiquez toute plaie de plus de 3 cm.
Protéger des oiseaux et des gelées
Merles, étourneaux et grives repèrent les cerises avant vous. Sur un arbre de moins de 3 m, un filet à mailles de 15 à 20 mm posé sur une armature de tuyaux ou de perches, fixé au sol, reste la seule protection efficace ; posez-le dès la première coloration et retirez-le sitôt la récolte pour ne pas piéger les oiseaux. Les CD suspendus et les épouvantails perdent leur effet en trois jours. Au printemps, une nuit de gel sur la floraison peut ruiner l’année : sur un petit arbre, un voile d’hivernage posé le soir et retiré le matin pour les abeilles sauve les fleurs jusqu’à -3 °C.
Prévenir les maladies et ravageurs
La mouche de la cerise pond dans les fruits qui colorent après la mi-juin : les variétés précoces, Burlat, Early Rivers, y échappent ; pour les autres, des pièges jaunes englués dès la mi-mai et un filet à mailles fines sur petit porte-greffe limitent les dégâts, et le ramassage des fruits tombés interrompt le cycle. Drosophila suzukii s’ajoute désormais aux tardives : récoltez vite et ne laissez rien pourrir. La moniliose des fleurs dessèche les rameaux en avril humide : coupez-les 15 cm sous la zone atteinte. Le puceron noir se traite au savon noir en mai. Contre le chancre et la gomme, taillez par temps sec, jamais en hiver.
Au fil de la saison
En février, retirez les momies et badigeonnez le tronc ; ne taillez pas. En mars, compostez et paillez, vérifiez les liens du tuteur. En avril, voilez par nuit de gel, coupez les rameaux flétris par la moniliose. En mai, posez les pièges jaunes, arrosez si le mois est sec, surveillez le puceron noir. En juin, tendez le filet dès les premières cerises rouges, récoltez Burlat vers le 10, Sunburst fin juin. En juillet, récoltez Kordia et Regina, puis les griottes ; taillez après la récolte. En août, arrosez en canicule, retirez le filet. En octobre, ramassez les feuilles si elles ont porté des taches. En novembre, plantez.
Récolter et conserver
La cerise ne mûrit plus après cueillette et gagne en sucre chaque jour sur l’arbre : attendez la couleur définitive, rouge sombre pour Kordia, presque noire pour Regina, jaune rosé pour Napoléon. Cueillez avec la queue, en pinçant le pédoncule entre pouce et index, sans arracher le bouquet de mai qui porte les fruits de l’an prochain. Récoltez tôt le matin, par temps sec ; une pluie sur des cerises mûres les fait éclater en quelques heures, d’où l’intérêt de passer tous les deux jours. Pour les griottes destinées aux bocaux, cueillez avec la queue et traitez le jour même. Congelez dénoyauté, sur plateau.
Se procurer des semences ou des plants
Semences et plants : où les trouver
Pour un arbre ou un arbuste fruitier, préférez une pépinière proche de chez vous : elle propose des porte-greffes et des variétés adaptés au climat local, et vous conseille sur la pollinisation. En Belgique, cherchez les variétés du Centre de recherches de Gembloux (label RGF) ; en France, les pépinières du réseau des Croqueurs de pommes ; ailleurs, les collections de variétés régionales.
Du potager à l’assiette
Et ensuite, on le savoure
Ce qu’il apporte
La cerise apporte vitamine C, potassium, fibres et anthocyanes, avec un peu plus de sucres que les autres fruits rouges.
En cuisine, simplement
Le clafoutis aux cerises entières, non dénoyautées pour le parfum, reste la recette la plus simple et la plus attendue de juin.
Bien vivre
Une échelle contre le cerisier, un panier et une heure de cueillette en famille : le meilleur moment de l’année au verger.
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