arbre fruitier · Rosacées
PoirePyrus communis
La poire aime la Belgique, qui la lui rend bien : nous sommes l’un des premiers producteurs d’Europe, et Conférence semble née pour nos automnes doux. Au jardin, un poirier palissé contre un mur ou conduit en fuseau offre des fruits fondants qu’on cueille encore fermes et qu’on laisse mûrir dans la cuisine.
- Difficulté
- Intermédiaire
- Exposition
- Soleil, mur au sud ou à l’ouest
- Arrosage
- Régulier, surtout en été les premières années
- Sol
- Profond, frais, riche, neutre ; craint le calcaire actif
- Espacement
- 3 m entre fuseaux, 5 à 6 m entre demi-tiges, 1 m pour un cordon
- Récolte
- 3 à 5 ans après plantation sur cognassier
Calendrier · climat belge
Quand semer, planter, récolter
| Activité | Jan | Fév | Mar | Avr | Mai | Jui | Jui | Aoû | Sep | Oct | Nov | Déc |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Plantation | oui | oui | oui | oui | oui | |||||||
| Récolte | oui | oui | oui |
Pas à pas
1Choisir
Les poiriers de jardin sont greffés sur cognassier, qui donne des arbres modestes et rapidement fructifères : Cognassier de Provence ou Adams pour un fuseau de 3 m, Quince C pour un cordon ou une palmette. Sur franc, l’arbre devient un géant tardif. Conférence, partiellement autofertile, est la plus facile ; ajoutez Doyenné du Comice, Beurré Hardy ou la belge Durondeau pour la pollinisation et le plaisir. Les poires à cuire comme Saint-Rémy sont un patrimoine wallon.
2Planter
Plantez à racines nues de novembre à mars, hors gel, dans un sol profond et frais, enrichi de compost mais sans engrais au contact des racines. Le point de greffe doit rester 10 cm hors du sol. Le poirier apprécie un mur au sud ou à l’ouest, où les formes palissées, palmette ou cordon oblique, prospèrent et gagnent en douceur. Espacez les fuseaux de 3 m. Tuteurez, arrosez copieusement, paillez sur un mètre de diamètre.
3Entretenir
En hiver, taillez pour aérer et raccourcir les prolongements ; en été, entre juin et août, pincez les pousses vigoureuses à trois feuilles pour transformer le bois en bourgeons à fruits, taille indispensable aux formes palissées. Éclaircissez en juin à un ou deux fruits par bouquet. Arrosez les jeunes arbres en été, paillez, compostez au printemps. Un poirier bien conduit produit quarante ans et plus.
4Récolter
La poire se cueille avant maturité, sinon elle blettit à cœur. Testez en soulevant le fruit à l’horizontale : s’il se détache, il est temps. Conférence se récolte mi-septembre, Doyenné du Comice début octobre, les poires à cuire fin octobre. Manipulez avec précaution, les poires se meurtrissent plus que les pommes. Elles achèvent leur maturation dans un fruitier frais ou, pour une consommation rapide, dans une corbeille à la cuisine.
5Conserver
Les poires d’automne se gardent quelques semaines en cave à 2-5 °C ; sortez-les quelques jours à température ambiante avant dégustation pour qu’elles deviennent fondantes. Les poires à cuire, Saint-Rémy ou Catillac, tiennent jusqu’en mars. Le sirop de poires et de pommes, spécialité liégeoise, valorise le surplus, tout comme les poires au vin, les compotes et les conserves au sirop léger.
Pour aller plus loin
Bien planter, bien entretenir
Bien planter
Choisir le porte-greffe et la forme
Presque tous les poiriers de jardin sont greffés sur cognassier, qui les garde modestes et les fait produire dès la troisième année : Cognassier de Provence ou Adams pour un fuseau ou un gobelet de 3 à 4 m, Quince C, plus nanifiant, pour un cordon oblique, une palmette ou un bac. Sur franc de poirier, l’arbre atteint 10 m, produit au bout de huit ans et vit un siècle : c’est le haute-tige des prairies wallonnes. Certaines variétés, dont Williams et Beurré Clairgeau, sont incompatibles avec le cognassier et demandent un intermédiaire greffé, généralement Beurré Hardy ; la pépinière s’en charge, mais vérifiez l’étiquette.
Assurer la pollinisation croisée
Le poirier est autostérile, sauf Conférence qui donne seule des fruits allongés et sans pépins, plus nombreux encore avec un compagnon. Associez deux ou trois variétés de floraison proche : Conférence, Doyenné du Comice, Beurré Hardy, Durondeau et Williams se pollinisent mutuellement. Les triploïdes, Beurré Alexandre Lucas, Beurré Diel ou Catillac, ne pollinisent personne et exigent deux partenaires. Les poires à cuire comme Saint-Rémy fleurissent tard et s’accordent mal avec les précoces. Un poirier sauvage ou un cognassier ne servent à rien ; un poirier voisin à moins de 50 m compte pleinement.
Choisir l’emplacement et le mur
Le poirier fleurit une semaine avant le pommier, début avril, et paie cher une gelée tardive : évitez les creux et les fonds de vallée. Il aime la chaleur plus que le pommier ; un mur orienté au sud ou à l’ouest, qui restitue la chaleur la nuit, transforme une Doyenné du Comice moyenne en fruit d’exception. Contre un mur, plantez à 30 cm de la maçonnerie et prévoyez des fils horizontaux tous les 40 cm, fixés sur pitons. Le sol doit être profond et frais : le cognassier, porte-greffe, redoute le calcaire actif, qui provoque la chlorose, et la sécheresse, qui fait tomber les fruits.
Préparer le trou et le sol
Creusez 80 cm de côté et 60 cm de profondeur, davantage contre un mur où le sol est souvent pauvre et sec, encombré de gravats à retirer. Ameublissez les parois et incorporez à la terre trois pelletées de compost mûr, une de terreau de feuilles et deux poignées de corne broyée. En sol argileux, ajoutez du sable grossier et plantez sur une légère butte. Le poirier sur cognassier supporte un pH de 6 à 7 ; en sol calcaire, forcez sur le compost et le paillage acide d’écorces. Plantez le tuteur ou fixez les fils avant l’arbre. Attendez une semaine que la terre se tasse.
Planter à racines nues
De novembre à mars, hors gel, pralinez les racines et placez l’arbre point de greffe 10 cm au-dessus du sol. Pour une palmette ou un cordon, inclinez le scion à 45 degrés vers son fil, en dirigeant le point de greffe vers le haut pour éviter que la greffe ne se fende. Rebouchez, tassez, arrosez avec 20 litres, paillez sur un mètre. Rabattez un scion destiné au fuseau à 80 cm du sol, à la palmette à 40 cm au-dessus du premier fil, avec trois beaux yeux sous la coupe. Les cordons obliques se plantent tous les 80 cm à 1 m, les palmettes à 3 m, les fuseaux à 3 m.
En pot ou en bac
Un poirier sur Quince C, conduit en cordon vertical ou en fuseau étroit, réussit dans un bac de 70 litres sur une terrasse ensoleillée. Conférence est le meilleur choix, elle donne seule. Les poiriers colonnaires, Saphira ou Decora, sont vendus pour cet usage. Utilisez un mélange de terre de jardin, de terreau et de compost sur un lit drainant. Arrosez tous les deux jours en été, la poire tombe dès que la motte sèche en juillet. Fertilisez en avril et juin avec un engrais organique complet, hivernez le bac contre un mur ou emballez-le, rempotez tous les trois ans. Trois à cinq kilos par bac adulte.
Les erreurs du débutant
La première est de planter un seul poirier d’une variété autostérile et de s’étonner des fleurs sans fruits. La deuxième est de planter contre un mur sans améliorer le sol ni prévoir d’arrosage : le pied d’un mur est le point le plus sec du jardin. Beaucoup laissent aussi le poirier sur cognassier pousser sans tuteur ni pinçage d’été, ce qui donne un arbre déséquilibré et tardif. Enfin, planter un genévrier à proximité amène chaque année la rouille grillagée, et la tondeuse qui blesse le tronc ouvre la porte au chancre : gardez un paillis et un manchon de protection.
Bien entretenir
Arroser les premières années
Sur cognassier, le poirier est sensible au manque d’eau : les trois premiers étés, arrosez chaque semaine par temps sec, 20 à 30 litres au pied, et davantage contre un mur au sud où le sol sèche en profondeur. La période sensible commence en juin et dure jusqu’à la récolte ; un stress hydrique en juillet donne des fruits petits, pierreux, qui tombent avant maturité. Un arbre adulte palissé demande encore un arrosage toutes les deux semaines en été sec, tant l’espace racinaire est réduit. Sur franc en prairie, seul le premier été compte.
Pailler et nourrir
Un paillis de 10 cm sur un mètre de diamètre, renouvelé chaque printemps, garde le sol frais et supprime la concurrence de l’herbe, particulièrement dommageable au pied d’un mur. En mars, apportez sous le paillis deux ou trois pelletées de compost mûr, une poignée de cendres de bois, et en sol calcaire un paillis d’écorces de pin contre la chlorose. Si les jeunes feuilles jaunissent entre les nervures, ajoutez du chélate de fer ou un purin d’ortie. Évitez l’azote en excès, qui donne du bois et nourrit le psylle. Un badigeon d’argile sur le tronc en hiver protège l’écorce des écarts thermiques.
Tailler : formation puis fructification
La palmette se bâtit par étages : chaque hiver, rabattez l’axe 40 cm au-dessus du dernier étage sur trois yeux dont deux opposés donneront les bras, palissés d’abord à 45 degrés puis abaissés à l’horizontale l’hiver suivant. Le cordon se conduit sur un axe unique, incliné. Une fois la charpente établie, la fructification repose sur la taille d’été : de la mi-juin à la mi-août, pincez toutes les pousses latérales de plus de 20 cm à trois feuilles au-dessus de la couronne de base, puis en hiver raccourcissez ces mêmes rameaux à deux yeux. Les coursonnes se renouvellent tous les six à huit ans en les rabattant sur un jeune bourgeon.
Éclaircir et soutenir
Le poirier noue souvent trop : après la chute de juin, ne gardez qu’un ou deux fruits par bouquet, les mieux formés, en supprimant ceux qui se touchent ou pointent vers le mur. Sur cordon, comptez un fruit tous les 10 cm. Une Doyenné du Comice bien éclaircie atteint 300 grammes ; laissée pleine, elle donne des poires de 80 grammes qui tombent en août. Les branches d’un jeune fuseau chargé cassent en septembre : étayez avec des perches fourchues ou attachez au tuteur. Sur les formes palissées, vérifiez que les liens ne cisaillent pas les bras, qui grossissent vite.
Prévenir les maladies et ravageurs
La rouille grillagée, taches orange sur les feuilles dès juin, vient obligatoirement d’un genévrier voisin : demandez à l’arracher ou acceptez-la, elle affaiblit sans tuer. Le psylle, dont le miellat noircit les feuilles, se traite à l’argile kaolinite au débourrement et au savon noir en mai ; les perce-oreilles hébergés dans un pot de paille renversé s’en régalent. Contre la tavelure, mêmes soins que le pommier. Le carpocapse se piège avec du carton ondulé sur le tronc. Contre le feu bactérien, coupez 30 cm sous tout rameau desséché en crosse et désinfectez le sécateur. Les oiseaux picorent les Conférence mûres : ensachez ou voilez.
Au fil de la saison
En février, taillez, vérifiez les liens et les fils. En mars, compostez, paillez, badigeonnez le tronc si ce n’est fait. En avril, voilez les palmettes une nuit de gel et observez le psylle. En mai, arrosez si le mois est sec. En juin, éclaircissez, commencez le pinçage d’été. En juillet-août, poursuivez le pinçage, arrosez, étayez. En septembre, récoltez Conférence vers le 15 et Beurré Hardy ; début octobre, Doyenné du Comice, fin octobre les poires à cuire. En novembre, ramassez les feuilles et retirez les fruits momifiés. Notez chaque année la date de cueillette pour affiner votre calendrier.
Récolter et conserver
La poire se cueille au bon moment, pas mûre : le fruit encore ferme se détache quand on le soulève à l’horizontale, les lenticelles brunissent et le fond de la peau vire du vert franc au vert jaunâtre. Cueillie trop tard, elle blettit à cœur en cave sans que rien ne paraisse. Manipulez sans pression des doigts, posez sur une seule couche. Les poires d’automne mûrissent en une semaine à la cuisine ; celles de garde attendent en cave à 2-5 °C, sorties par lots dix jours avant consommation. Une poire sous pression du pouce près du pédoncule est prête : trop tôt, elle est farineuse ; trop tard, elle est déjà passée.
Se procurer des semences ou des plants
Semences et plants : où les trouver
Pour un arbre ou un arbuste fruitier, préférez une pépinière proche de chez vous : elle propose des porte-greffes et des variétés adaptés au climat local, et vous conseille sur la pollinisation. En Belgique, cherchez les variétés du Centre de recherches de Gembloux (label RGF) ; en France, les pépinières du réseau des Croqueurs de pommes ; ailleurs, les collections de variétés régionales.
Du potager à l’assiette
Et ensuite, on le savoure
Ce qu’il apporte
La poire est riche en fibres douces et en eau, avec un apport intéressant en potassium et en vitamine C.
En cuisine, simplement
Des poires pochées dans un sirop léger à la vanille, servies tièdes avec un peu de chocolat fondu, forment un dessert sans effort.
Bien vivre
Attendre patiemment qu’une Doyenné du Comice fonde sous les doigts est une leçon de lenteur que la cuisine belge connaît bien.
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